borderline-personality-disorder

 

—  Dites, vous là, oui vous, les psys de mes deux, je ne suis pas malade, hein!
PAS…MA…LA…DE…
Vous avez compris ou je dois le répéter?
Parce que vous ne m’avez pas l’air « fute-fute » pour des toubibs du cerveau.
Je ne suis pas folle à lier, bonne à enfermer comme vous avez tendance à le prétendre.
C’est compris j’espère?
Borderline, vous dites?
Mais dans quel film avez-vous tiré ce mot?
Le long métrage de vos soi-disant études sans doute.
Études, mon cul oui, juste douze ans pour vous pavaner sur les bancs de l’université et arborer un diplôme de pacotille.
Douze ans  pour étudier des inepties, des recettes débiles pour apprentis cuistots du cerveau.
Vous êtes qui pour m’imposer cette thérapie de merde?
Vous me faites chier, chier, chier…
Je vous emmerde, tous et toutes que vous êtes.

Bon, là, je suis un peu contente, pas trop mais juste un peu, un tout petit peu.
J’aurais pu leur en sortir plus à ces imbéciles, non mais!
Je n’en ai pas eu le temps.
Là, du coup, j’ai trop envie de pleurer.
Pleurer et en même temps, envie de hurler, de casser ce que j’aurais à portée de main.
Comme cela m’arrive souvent.
Trop souvent d’ailleurs.

J’attrape un cendrier en cristal, une assiette et je jette sur le sol.
Ça me défoule et puis après, je le regrette amèrement, ne sachant pourquoi j’ai agi de la sorte.
J’ignore pourquoi mais c’est tout le temps ainsi.
Je crie, j’explose, j’insulte souvent sans raison – enfin c’est ce qu’on me rétorque en me traitant de vieille folle.

Et puis, d’un coup, une envie profonde et soudaine de pleurer.
Comme si je me trouvais prisonnière au fond d’un puits, que j’avais tout perdu.
Que j’étais seule au monde, abandonnée.
Abandonnée à moi-même, abandonnée des autres. Seule, très seule…
Je me sens coupable alors, mais coupable de quoi?
D’avoir exprimé ma haine ou de pleurer ou de me sentir seule, incomprise.
Mon entourage est autant dérouté par mes accès de fureur brutale que par l’état dépressif dans lequel je me glisse par la suite.
Je me glisse, non pas vraiment une glissade.
Mais une chute violente, directe, sans gradation.
Un passage direct de l’agressivité pure à une pseudo prostration.

Je me souviens d’une mes dernières réactions incontrôlables.
C’était l’anniversaire de ma plus jeune fille.
Treize ans.
Elle était heureuse d’aller faire du shopping avec sa maman.
Toutes les deux, rien que nous deux.
Elle cherchait pour un de ses cadeaux, un petit collier plastifié, élastique, genre de colifichet introuvable actuellement car passé de mode depuis des années.
Il n’y a qu’une boutique en ville où on peut trouver ce genre de babiole insolite.
Chez Carole’s.

Donc la voilà qui m’y embarque, trottinant, toute guillerette.
A peine entrées dans le magasin en question, une vendeuse nous interpelle pour nous aider.
Je les connais moi ces sangsues qui ne vous lâchent pas une fois que vous avez mis un pied dans leur bazar.

—  Bonjour. Je puis vous aider? Vous cherchez quelque chose?
— Oui je cherche!
—   Mais vous cherchez quoi? Je pourrais peut-être vous aider.
— Je vous l’ai dit: je cherche!
— Oui j’ai bien compris que vous cherchez mais je pourrais peut-être vous aider. Je tiens aussi à vous préciser que nous faisons deux plus un…

Je ne la laisse pas terminer sa phrase et lui sors rageusement:

—   Deux plus un gratuit, je sais. Chaque fois que je viens ici, c’est la même chanson
Vous n’arrêtez pas de venir coller le client avec vos promotions.
Je vous ai dit que je cherchais, je cherche.
C’est clair non, à moins que vous n’ayez pas de cerveau.
Fichez-moi la paix et allez emmerder d’autres victimes. J’en ai marre de vous et de vos arguments de vente.
Je suis venue ici pour acheter en paix et je n’ai pas besoin d’être engluée par une «Pattex» de votre espèce.
—   Mais c’est une folle celle-là.
Elle sort d’où?
Vous l’avez entendue?

Puis j’entends une petite voix qui me murmure, en me tirant délicatement par la manche de ma veste:
—   Viens maman, on sort. Viens…

A peine dehors, j’ai senti les larmes m’envahir et derrière, une grosse bouffée de chaleur, de mal-être.
Mes jambes chancelaient et je suffoquais.
Je m’en voulais horriblement: c’était la seule boutique où elle aurait pu dénicher sa parure..
Et moi, d’un coup, par des paroles démesurées, j’avais tout cassé, tout brisé. Je me maudissais, je me haïssais.
J’avais une fois de plus réagi comme une pauvre idiote, comme une folle d’après la commerçante.
Et mon état revint à la normale quand ma fille dénicha enfin ailleurs le collier qu’elle convoitait tant.

Un passage direct de l’agressivité pure à une pseudo prostration, jusqu’à la réaction épidermique suivante.

J’ai couché ces mots sur mon clavier et quand je sens la montée d’adrénaline arriver, je relis et relis ou du moins, je me remémore ces écrits.
Vous ne me croirez peut-être mais ça fonctionne !
Enfin, parfois, presque, pas toujours…

 

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